Edito

« Le passé ne meurt jamais. Il n’est même pas passé. » – William Faulkner

En 1994, au cœur des années sida, la ministre de la santé Simone Veil vient inaugurer une nouvelle unité du centre de soins pour usagers de drogues dirigé par le psychanalyste Serge Hefez. La ministre à l’agenda surbooké, entourée d’une armée de conseillers, demande à s’isoler loin de la foule avec plusieurs patients dans un petit bureau. Emplissant l’espace de sa présence d’une intensité bouleversante, Simone Veil pose des questions et écoute avec profondeur, chargée de sa propre expérience intime des limites de la vie et de la mort.
Serge Hefez se souvient de ce moment inoubliable, où le temps présent prenait tout son sens par la force d’habiter sa vie à chaque instant.
Les cinéastes, les artistes, essaient de faire du présent le temps essentiel qui n’est pas voué à disparaître comme la page sur l’écran d’un smartphone chassée à jamais par une autre page plus neuve et plus attractive, mais qui est une force nourrie du passé pour construire l’avenir.
L’édition 2017 du festival rend hommage aux héroïnes d’hier et d’aujourd’hui, femmes d’exception et femmes « ordinaires », celles qui bâtissent le futur en affrontant le présent contre vents et marées.
Oui, contre vents et marées…
L’Australie est le pays mis à l’honneur, à travers un cinéma qui se grandit de la reconnaissance des souffrances subies dans le passé par la population aborigène, de l’atteinte à la dignité et l’humiliation infligées à un peuple fier de lui-même et de sa culture (déclaration du Premier ministre Kevin Rudd en 2008).
De cette nouvelle édition, tentons l’inventaire : la justice, les sciences, David Lynch, des films de l’année à voir et revoir, des rencontres, 18 avant premières !
… et un raton laveur !
Prévert a disparu il y a 40 ans mais ne nous a pas quittés, tous les cancres vous le diront, eux qui disent non avec la tête mais qui disent oui avec le cœur.
Aussi, pour cette semaine de fête « autour » du cinéma, le mot d’ordre salvateur jaillit du texte d’une chanson enregistrée hier à peine… il y a tout juste 50 ans :
Love is all you need

ALAIN CHOQUART
Président du festival